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« Islamophobie » ou la quintessence du mot fourre-tout parfois utilisé pour discréditer
Peut-on critiquer une religion sans haïr ses fidèles ? Le mot « islamophobie », en mélangeant croyance et croyants répond à la question.
Mieux vaut nommer clairement la haine des musulmans en parlant de musulmanophobie, sans confondre les croyants et les croyances.
Nul besoin de coucher ici que la haine des musulmans (que nous appelons ici « musulmanophobie ») est bien réelle, et qu’elle tue. C’est un fait. Des hommes sont morts parce que musulmans, des femmes sont agressées parce que voilées. Cela est parfaitement intolérable. Il n’est pas question d’en discuter, il n’y a rien à discuter.
Il demeure que la lutte contre la haine qui vise les musulmans est depuis plusieurs années sujette à un questionnement quasi-existentiel : comment qualifier la haine des musulmans ? Avec quel mot caractériser cette haine si vile ?
Il y avait deux écoles : celle qui parlait de haine envers ou contre les musulmans, et celle qui parlait d’« islamophobie ».
Sous couvert de bonnes intentions et d’une simplification rhétorique, les chantres du double-jeu sont parvenus à mêler deux notions qui n’ont rien à faire l’une avec l’autre : d’une part la critique, la détestation voire la haine de l’Islam, parfaitement légale tant qu’elle n’incite pas à la haine, et de l’autre, la haine des musulmans, qui elle, n’a rien de légale dans la mesure où elle n’est qu’incitation à la haine ou à la discrimination.
En l’espèce, ce terme mêle dangereusement croyant et croyance…
Dans ce pays, il est fort heureusement permis de critiquer, vilipender voire insulter une croyance, mais jamais il n’est permis d’insulter un croyant en raison de sa croyance.
Les gens ont des droits, les idées n’en ont pas.
Dire que l’Islam, le Judaïsme, le Christianisme c’est de la merde est une chose, dire que les musulmans, les juifs et les chrétiens sont des merdes en est une autre.
Pour mieux combattre la haine crasse et intolérable qui vise les croyants du simple fait de leurs croyances, ne confondons pas les combats, et ne transformons pas les mots en débats sémantiques permanents.
L’intransigeance face à la haine n’est pas discutable, il demeure que certains cherchent à transformer la lutte contre la haine contre les croyants en lutte contre la critique des croyances, et c’est insupportable.
Évidemment, le mot « islamophobie » est aussi utilisé, sincèrement, par des personnes cherchant à nommer la réalité de discriminations dont nous parlions.
Quoiqu’il en soit, il est aujourd’hui trop tard : se revendiquer critique de l’Islam en se disant « islamophobe » n’est plus audible. Il sera mécaniquement fait l’invraisemblable rapprochement entre Islam et musulmans…
Ne tombons pas dans ce que nous dénonçons, et continuons à lutter contre la haine qui vise les croyants sans tomber dans le musellement des critiques qui visent les croyances.
Le mot juste n’est donc pas « islamophobie » : sans transiger, préférons parler de haine contre les musulmans ou de « musulmanophobie » (en raison de l’absence d’ambiguïté avec la critique de la religion).